Logements dégradés dans le
14e [3/3]
Après cette visite de nos immeubles dégradés, il
convient de voir ce qui est fait pour enrayer l'habitat insalubre. N'oublions
pas, que le problème des logements insalubres ne date pas d'hier, ni depuis les
incendies meurtriers de cet été, ni depuis 2002 où la liste a été faite. On
pourrait aller jusqu'à dire que ce chiffre est faible, puisque le problème à
Paris se pose depuis des siècles, avec les premières considérations par les
pensées hygiénistes du 19e siècle, suivi des modifications
haussmanniennes, et pour le 20e siècle des premiers logements sociaux
des années 10, suivi des crises du logement des années 30 puis 50, et de la
suppression des îlots insalubres des années 70 (dont Montparnasse en est le
meilleur exemple, en remplaçant ce qui était certes insalubre mais en
défigurant ce quartier). Autant dire que l'arsenal législatif est étoffé depuis
les incitations fortes à la réhabilitation jusqu'à la loi Vivien (1970)
permettant l'expropriation des habitations insalubres.
L’expropriation comme unique solution ?
Si l'application de la loi Vivien renforcée par la loi SRU
(solidarité et Renouvellement Urbain) permet l'expropriation des propriétaires
d'immeubles insalubres, qu'ils soient personnes physiques ou morales, l'expropriation n’est pas l’unique solution.
Pour exemple, lors du dernier conseil d'arrondissement du 14e,
Pierre Castagnou soulignait le besoin de renforcer et d'augmenter les
procédures d'expropriation. Conséquence des expropriations et des
préemptions : sur la liste des immeubles insalubres, déjà 423 de ces immeubles
appartiennent à la ville de Paris, qui se montre donc être le pire de ces
propriétaires en étant incapable(a) de réhabiliter les immeubles au
même rythme qu'elle les acquiert. Pour compléter, rajoutons juste que le 8, rue du Roi doré, où périrent 7 personnes alors qu'il n'y avait pas même d'extincteur,
appartenait à la ville de Paris et était géré par la SIEMP(b) dont
René Dutrey (notre adjoint au maire du 14e) est le président... ce qui explique la colère(c) à son égard de certaines associations pour le logement des plus démunis. Notons d 'ailleurs qu'une
demande d'enquête administrative est en cours.
Lenteur des
réhabilitations
Une manne d'argent issue des droits de mutation
a pourtant coulé à flots dans les caisses de la Mairie depuis quelques années, et risque de disparaître
(puisqu'elle est liée au volume des ventes et au prix d'acquisition des
logements, qui devraient tous deux fortement baisser voir article). Ce serait cependant faire un mauvais procès que d'en déduire une absence de volonté
pour éradiquer l'insalubrité en omettant le problème du relogement. Car la présence d’occupants, et des squatteurs non relogeables en
particulier, est responsable de la lenteur de ces réhabilitations de l’aveu
même de René Dutrey.
Clarifier les discours face aux squats
Comment ne pas exprimer sa compassion envers les
personnes expulsées? Car il convient évidemment de reloger les locataires victimes
de cette insalubrité, mais comment justifier la priorité d’attribution de
logements sociaux données aux squatteurs face aux 102000 personnes qui
attendent des années l’attribution d’un logement en suivant une procédure
ordinaire? Il convient aussi, sans jeter l'anathème sur eux, de noter que les squatteurs
le sont car ils sont, pour la plupart, étrangers en situation irrégulière, et
donc dans l'impossibilité d'obtenir un logement. Cela renvoie au vaste débat sur l'immigration, impossible dans notre pays puisque pollué par les positions des
extrêmes de droite ou de gauche. Pourtant l'ambiguïté des discours sur les squats et sur les
sans-papiers, au détriment d'une fermeté et d'une clarté, est la première responsable du maintien et de la création de ces squats
au risque de les transformer en pièges pour ceux qui les occupe. La décision
d'expulser ces lieux présentant de réels dangers est donc la marque d'une prise
de responsabilité.
Et face aux marchands de sommeil
La protection du locataire dans le droit
français, et notamment de son maintien dans les lieux en cas de non-paiement du
loyer, a pour effet négatif de marginaliser les catégories ne pouvant présenter
l'ensemble pléthorique de garanties demandées par le secteur privé lors de la
location d'un logement. Contraint de se replier vers le logement social où les
demandes sont déjà en surnombre, le locataire échouera sur un marché parallèle
dans l'attente de ce logement social. Marché parallèle où le loyer majore très
fortement le risque d'insolvabilité, alors même que le logement aurait du mal à
se placer sur le marché « normal » de la location de par son état.
L'insalubrité n'est pas la cause de ce marché
mais une conséquence: l'entretien n'étant synonyme que de coûts non
rentabilisés dans un marché étroit, il est non utile. Ainsi il est vain de vouloir
éradiquer le marchand de sommeil en luttant contre l'insalubrité puisque ce
marché s'auto-alimente en nouveaux logements. (et ce
tant qu'il restera des personnes peu scrupuleuses). Des options sont
possibles pour rompre ce cercle vicieux :
- créer autant de logements sociaux
qu'il y a de demande ( avec quel argent ? où
créer 100000 logements à Paris ? avec quel impact sur le parc immobilier
restant ?)
- modifier la régulation du marché locatif en
désserant la protection du locataire mauvais payeur
- éventuellement pénaliser la pratique des
marchands de sommeil (avec les difficultés que cela entraîne, sans rompre le
cercle vicieux, mais un certain nombre d'outils juridiques existe déjà à cet
égard)
L'insalubrité n'est donc pas un fait nouveau, et
ne se résoudra pas sans un volontarisme fort capable de briser la culture de la
misère dont se nourissent pécunièrement certains et idéologiquement d'autres.
J'imagine aisément que cette note appellera des
commentaires tant les propos sont tranchés, alors allez-y... ;-)
(a) depuis 2002 seuls 6 immeubles sur les 423
ont été réhabilités, 12 autres devraient l’être dans les mois qui viennent.
(b) SIEMP : Société Immobiliere à Economie Mixte
de la Ville de Paris créé en 2002, ayant pour objectif de gérer par bail
emphytéotique les logements insalubres et de les réhabiliter.
(c) Les verts étant notamment personna non grata
lors des manifestations du 3 septembre organisés par des associations telles
que DAL.